La fiancé timbalier
de Victor Hugo(2004)
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« Monseigneur le duc de Bretagne
A, pour les combats meurtriers,
Convoqué de Nante à Mortagne,
Dans la plaine et sur la montagne,
L\'arrière-ban de ses guerriers.
« Ce sont des barons dont les armes
Ornent des forts ceints d\'un fossé ;
Des preux vieillis dans les alarmes,
Des écuyers, des hommes d\'armes ;
L\'un d\'entre eux est mon fiancé.
« Il est parti pour l\'Aquitaine
Comme timbalier, et pourtant
On le prend pour un capitaine,
Rien qu\'à voir sa mine hautaine,
Et son pourpoint, d\'or éclatant!
« Depuis ce jour, l\'effroi m\'agite.
J\'ai dit, joignant son sort au mien:
Ma patronne, sainte Brigitte,
Pour que jamais il ne le quitte,
Surveillez son ange gardien!
« J\'ai dit à notre abbé: - Messire,
Priez bien pour tous nos soldats!
Et, comme on sait qu\'il le désire,
J\'ai brûlé trois cierges de cire
Sur la châsse de saint Gildas.
« A Notre-Dame de Lorette
J\'ai promis, dans mon noir chagrin,
D\'attacher sur ma gorgerette,
Fermée à la vue indiscrète,
Les coquilles du pèlerin.
« Il n\'a pu, par d\'amoureux gages,
Absent, consoler mes foyers;
Pour porter les tendres messages,
La vassale n\'a point de pages,
Le vassal n\'a point d\'écuyers.
« Il doit aujourd\'hui de la guerre
Revenir avec monseigneur;
Ce n\'est plus un amant vulgaire;
Je lève un front baissé naguère,
Et mon orgueil est du bonheur!
« Le duc triomphant nous rapporte
Son drapeau dans les camps froissé,
Venez tous sous la vieille porte
Voir passer la brillante escorte,
Et le prince, et mon fiancé!
« Venez voir pour ce jour de fête
Son cheval caparaçonné,
Qui sous son poids hennit, s\'arrête,
Et marche en secouant la tête
De plumes rouges couronné!
« Mes soeurs, à vous parer si lentes,
Venez voir près de mon vainqueur,
Ces timbales étincelantes
Qui, sous sa main toujours tremblantes,
Sonnent et font bondir le coeur!
« Venez surtout le voir lui-même
Sous le manteau que j\'ai brodé.
Qu\'il sera beau ! c\'est lui que j\'aime!
Il porte comme un diadème
Son casque de crins inondé!
« L\'égyptienne sacrilège,
M\'attirant derrière un pilier,
M\'a dit hier (Dieu nous protège!)
Qu\'à la fanfare du cortège
Il manquerait un timbalier.
« Mais j\'ai tant prié, que j\'espère!
Quoique, me montrant de la main
Un sépulcre, son noir repaire,
La vieille aux regards de vipère
M\'ait dit : - Je t\'attends là demain!
« Volons ! plus de noires pensées !
Ce sont les tambours que j\'entend.
Voici les dames entassées,
Les tentes de pourpre dressées,
Les fleurs et les drapeaux flottants.
« Sur deux rangs le cortège ondoie.
D\'abord les piquiers aux pas lourds;
Puis, sous l\'étendard qu\'on déploie,
Les barons, en robe de soie,
Avec leurs toques de velours.
« Voici les chasubles des prêtres;
Les hérauts sur un blanc coursier.
Tous, en souvenir des ancêtres,
Portent l\'écusson de leurs maîtres,
Peint sur leur corselet d\'acier.
« Admirez l\'armure persane
Des templiers, craints de l\'enfer;
Et, sous la longue pertuisane,
Les archers venus de Lausanne,
Vêtus de buffle, armés de fer.
« Le duc n\'est pas loin: ses bannières
Flottent parmi les chevaliers;
Quelques enseignes prisonnières,
Honteuses, passent les dernières...
Mes sueurs ! voici les timbaliers l... »
Elle dit, et sa vue errante
Plonge, hélas ! dans les rangs pressés;
Puis dans la foule indifférente,
Elle tomba froide et mourante...
Les timbaliers étaient passés.
Octobre 1825.
Despre aceasta lucrare
- Autor
- Victor Hugo
- Tip
- Poezie
- An
- 2004
- Cuvinte
- 562
- Citire
- 3 min
- Versuri
- 101
- Actualizat
Cum sa citezi
Victor Hugo. “La fiancé timbalier.” Clasici, Poezie.ro, https://poezie.ro/clasici/victor-hugo/poezie/la-fiance-timbalierIntrebari frecvente
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