Le mot
de Victor Hugo(2004)
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Braves gens, prenez garde aux choses que vous dites !
Tout peut sortir d\'un mot qu\'en passant vous perdîtes.
TOUT, la haine et le deuil ! Et ne m\'objectez pas
Que vos amis sont sûrs et que vous parlez bas.
Ecoutez bien ceci :
Tête-à-tête, en pantoufle,
Portes closes, chez vous, sans un témoin qui souffle,
Vous dites à l\'oreille du plus mystérieux
De vos amis de coeur ou si vous aimez mieux,
Vous murmurez tout seul, croyant presque vous taire,
Dans le fond d\'une cave à trente pieds sous terre,
Un mot désagréable à quelque individu.
Ce MOT - que vous croyez que l\'on n\'a pas entendu,
Que vous disiez si bas dans un lieu sourd et sombre -
Court à peine lâché, part, bondit, sort de l\'ombre;
Tenez, il est dehors ! Il connaît son chemin,
Il marche, il a deux pieds, un bâton à la main,
De bons souliers ferrés, un passeport en règle ;
Au besoin, il prendrait des ailes, comme l\'aigle !
Il vous échappe, il fuit, rien ne l\'arrêtera ;
Il suit le quai, franchit la place, et cætera
Passe l\'eau sans bateau dans la saison des crues,
Et va, tout à travers un dédale de rues,
Droit chez le citoyen dont vous avez parlé.
Il sait le numéro, l\'étage ; il a la clé,
Il monte l\'escalier, ouvre la porte, passe, entre, arrive
Et railleur, regardant l\'homme en face dit :
« Me voilà ! Je sors de la bouche d\'un tel. »
Et c\'est fait. Vous avez un ennemi mortel.
(\"Toute la Lyre\")
