Ô jeu des pensées
de Friedrich Nietzsche(2008)
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Ô jeu des pensées, voilà
Que te conduit une des grâces –
Oh, comme tu sais bien amener un sens –
Mais malheur! Que vois-je? À celle qui te guide
Il vient masques et voiles,
Et en tête de la ronde,
S’avance la cruelle nécessité.
Depuis que ce livre m’est né, le désir et la honte me tourmentent
Jusqu’à ce que cette plante pour toi fleurisse, plus riche et plus belle,
À présent déjà je goûte le bonheur d’imiter le plus grand,
Quand il se réjouit du produit doté de sa propre moisson.
Si la raison peut édifier le raisonnable,
L’artiste ne doit que digérer l’art.
Et pourtant un artiste a écrit ce livre :
À qui le doit-il? Pas à sa raison, mais à son amour!
Du parfum de Sorrente rien n’est-il resté?
Tout n’est-il que sauvage et froide nature des cimes,
À peine réchauffé par le soleil automnal, sans amour?
Ainsi n’y a-t-il en ces pages qu’une part de moi-même;
La meilleure je la dépose sur l’autel
Pour celle qui me fut l’amie, la mère, le médecin.
Amie! Tel qui se fit fort de t’arracher à la foi en la croix,
T’envoie ce livre : et devant ce livre pourtant, il dessine
Un signe de croix!
(Friedrich Nietzsche, Dédicace in Humain, trop humain)
