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La pieuse Beppa

de Friedrich Nietzsche(2008)

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Tant que mon petit corps est joli
C’est la peine d’être pieuse.
On sait que Dieu aime les femmes,
Et les jolies surtout.
Il pardonnera, j’en suis sûre,
Facilement au pauvre moinillon
De tant chercher ma compagnie
Comme maint autre moinillon.
Ce n’est pas un grison de père de l’Église,
Non, il est jeune, souvent rouge,
Souvent, malgré la plus grise tristesse,
Plein de désir et de jalousie.
Je n’aime pas les barbons,
Il n’aime pas les vieilles :
Qu’admirables et sages
Sont les voies du Seigneur!
L’Église sait vivre,
Elle sonde les cœurs et les visages.
Elle ne demande qu’à me pardonner…
Et qui donc ne me pardonne pas?
Trois mots du bout des lèvres,
Une courbette, et partez
Le péché de la minute
Effacera l’ancien.
Béni soit Dieu sur terre,
Il aime les jolies filles
Et se pardonne volontiers
Ces tourments de l’amour.
Tant que mon petit corps est joli
C’est la peine d’être pieuse;
Que le diable m’épouse
Quand je n’aurai plus de dents.
(Friedrich Nietzsche, Appendice au Gai Savoir)

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Friedrich Nietzsche. “La pieuse Beppa.” Clasici, Poezie.ro, https://poezie.ro/clasici/friedrich-nietzsche/poezie/la-pieuse-beppa

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