Chant de mai
de Friedrich Nietzsche(2008)
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Les oiseaux chantent avec ravissement
Loin dans l’épaisseur du bois;
Les champs ensoleillés s’étendent
Sous les gracieux rayons de mai.
Les ruisseaux murmurent doucement
À travers la campagne fleurie
Où jubile l’alouette.
Oh peut-il se donner chose plus belle
Que le mois de mai, que le seul mai?
Ce qui m’attristait le cœur,
Le faisait sombre et désemparé,
Ce qui était vaste désert et frisson,
Cela est à présent rayonnant de soleil.
Les fleurs se dressent gracieuses
Dans les prés aux riches éclosions,
Où bourdonnent les abeilles.
Oh peut-il se donner chose plus belle
Que le mois de mai, le seul mai?
Ô plénitude infinie
De pure béatitude!
Ô délice, oh enveloppe
Mon cœur avec sa peine
Fais passer et s’évanouir
Ce qui ne murmure pas sur mon cœur
Comme des souffles printaniers!
Oh peut-il se donner chose plus belle
Que le mois de mai, le seul mai?
Je voudrais me plonger
Dans cette mer de volupté;
Cette douce pensée
Soulève déjà de joie ma poitrine.
Je voudrais t’embrasser
Et ne plus jamais me séparer de toi,
Ô printemps, viens, entre!
Il ne peut rien se donner de plus beau
Que le mois de mai, que le seul mai!
1859
(Friedrich Nietzsche, Poèmes de jeunesse, 1858-1871)
