Chanson d’un chevrier de Théocrite
de Friedrich Nietzsche(2008)
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Mediu
Je gis, rongé de maladie,
Et dévoré par les punaises.
Et, là-haut, ces lumières! et ce bruit!
Je les entends qui dansent…
Elle devait, à cette heure,
Se glisser jusqu’à moi.
J’attends comme un chien,
Rien ne s’annonce.
Ce signe de croix pour promettre…
Comment a-t-elle pu mentir?
- Court-elle donc après chacun
Comme nos chèvres?
D’où lui vient sa robe de soie –
Ah! Ah! ma fière enfant!
Il y a donc bien des boucs encore
Dans ce bois?
- Hélas que l’attente amoureuse
Rend mauvais et venimeux!
Ainsi pousse, une nuit humide,
Un champignon vénéneux au jardin.
L’amour me ronge
Comme une lèpre…
Je ne peux plus rien manger,
Adieu, mes oignons!
La lune déjà s’est couchée dans la mer,
Toutes les étoiles sont lasses,
Le jour arrive, un jour grisâtre…
Ah, que je voudrais mourir!
(Friedrich Nietzsche, Appendice au Gai Savoir)
