Après une nuit d’orage
de Friedrich Nietzsche(2022)
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Aujourd’hui, vapeur de brouillard, tu voiles
Cette fenêtre, ô très sombre déesse,
La foule des flocons flotte, lugubre,
Le ruisseau gorgé y mêle sa voix.
Hélas ! dans un éclair précipité,
Dans le fracas indompté du tonnerre,
Dans la brume des champs tu as mêlé,
Sorcière, le philtre humide de mort !
À minuit j’écoutai, plein de frayeur,
Ta voix qui hurlait désir et couleur,
Je vis briller ton œil, je vis ta droite
Armée du foudre au tranchant convulsé.
Tu vins ainsi à ma couche déserte
Dans l’éclat de la cuirasse et des armes,
Heurtant le carreau d’une lourde chaîne,
Et tu me dis : « Apprends donc qui je suis ! »
« je suis la grande Amazone éternelle,
Jamais femme, ni colombe, ni tendre,
Guerrière à la haine, au mépris virils,
Triomphatrice et tigresse à la fois !
Mes pas, où ils vont, vont sur des cadavres,
La fureur de mes yeux lance des flammes,
Je rêve de poisons - À genoux ! Prie !
Ou pourris, larve ! Éteins-toi, feu follet ! »
Été 1871
(Friedrich Nietzsche, Poèmes de jeunesse, 1858-1871)
