Mes petites amoureuses
de Arthur Rimbaud(2010)
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Un hydrolat lacrymal lave
Les cieux vert-choux:
Sous l’arbre tendronnier qui bave
Vos caoutchoucs,
Blancs de lunes particulières
Aux pialats ronds,
Entrechoquez vos genouillères,
Mes laiderons !
Nous nous aimions à cette époque,
Bleu laideron :
On mangeait des œufs à la coque
Et du mouron !
Un soir, tu me sacras poète,
Blond laideron :
Descends ici que je te fouette
En mon giron !
J’ai dégueulé ta bandoline,
Noir laideron ;
Tu couperais ma mandoline
Au fil du front.
Pouah ! nos salives desséchées,
Roux laideron,
Infectent encor les tranchées
De ton sein rond !
O mes petites amoureuses
Que je vous hais !
Plaquez de fouffes douloureuses
Vos tétons laids !
Piétinez mes vieilles terrines
De sentiment ;
Hop donc, ― soyez-moi ballerines
Pour un moment !...
Vos omoplates se déboîtent,
O mes amours !
Une étoile à vos reins qui boitent
Tournez vos tours !
Est-ce pourtant pour ces éclanches
Que j’ai rimé ?
Je voudrais vous casser les hanches,
D’avoir aimé !
Fade amas d’étoiles ratées,
Comblez les coins !
― Vous crèverez en Dieu, bâtées
D’ignobles soins !
Sous les lunes particulières
Aux pialats ronds,
Entrechoquez vos genouillères,
Mes laiderons !
Mai 1871
