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L’œuvre d’Eugeniu Coșeriu – un exemple de pensée claire et pertinente

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Myriades d’impressions servent une intuition et des centaines de pensées soutiennent un raisonnement. Pourtant, l’intuition sans un raisonnement rigoureux demeure obscure et le raisonnement sans une intuition qui lui serve de fil conducteur reste inconsistant. En effet, à l’échelle de problématiques telles que celles de la langue et du discours, une impression, parmi les myriades d’impressions, peut à tout moment prendre le dessus sur les autres et faire que le lien avec l’intuition de base ne soit qu’un pur simulacre. De même, une pensée, parmi les centaines de pensées, peut s’imposer au détriment des autres et faire que sur le chemin vers l’objectif final, des étapes entières soient escamotées. Dans son effort cyclopéen de dépasser les antinomies saussuriennes, Eugeniu Coșeriu a dû, entre autres, corriger de tels manquements. Eugeniu Coșeriu est un penseur roumain de grande envergure, dont l’œuvre est et demeure une source de réévaluations de la discipline linguistique. Son érudition colossale lui a servi de laboratoire de recherche, tandis que son instinct de chercheur, redoutable, l’a tenu à distance des solutions faciles et, dans l’océan d’informations, l’a aidé à trouver des éléments de réponse fiables. Car il faut le dire : la problématique de la langue, qui engage à son tour celle du monde que la langue reflète, requiert le concours de plusieurs esprits pour conduire à des réponses valides. Je signalerai dans ce qui suit quelques-unes des rectifications apportées à la doctrine saussurienne par le linguiste roumain, fait que je perçois d’autant plus urgent que, à côté d’idées valables – telles que celles qui ont généré la très productive méthode structuraliste, selon laquelle la forme d’une unité et sa fonction se définissent par les rapports d’équivalence et d’opposition qu’elle entretient avec d’autres unités coexistantes – la doctrine du chercheur genevois contient des idées insuffisamment explorées qui ont fini par circuler comme des « vérités révélées » Dans la doctrine saussurienne, le concept de langue est incontestablement central, tellement central que la distinction entre langue et parole en vient à prendre un sens antinomique. La langue, pour Saussure, existe « dans la masse », dans la « conscience collective » ; extérieure à l’individu, elle constitue la part sociale du langage. L’individu, par lui-même, ne peut ni la créer ni la modifier, il ne peut que l’enregistrer de manière passive. Coșeriu observe à juste titre que la réalité sociale de la langue n’admet pas la mise à l’écart des sujets parlants. En reprenant le sophisme du tas, utilisé par Coșeriu pour dénoncer la notion de fait social chez Émile Durkheim, non dira que la langue, en tant que fait social, est indépendante de chaque sujet parlant pris isolément, mais seulement parce que, au moment où l’un d’eux cesse de parler la langue, les autres continuent à le faire. En supposant que tous les sujets cessent simultanément de parler la langue flamande, par exemple, celle-ci se transformera en ce que nous appelons une langue morte. Les faits sociaux ne sont donc pas extérieurs aux individus, ils ne sont pas extra-individuels, mais interindividuels. Tel est le sens qu’il faut donner au terme « social », précise Coșeriu. L’affirmation selon laquelle le sujet parlant ne peut changer la langue contient elle aussi un paralogisme, en ce sens qu’on accorde une valeur absolue à une constatation qui ne se vérifie pas dans tous les cas. Un seul sujet parlant ne change la langue que si les autres sujets n’acceptent pas le changement ; « et cela ne se produit pas parce que le fait social (qui est la langue) ne dépend ni du sujet parlant en question, ni des autres, mais au contraire, parce qu’il dépend à la fois de lui et des autres. » (Coșeriu 97 :14). De plus, dit Coșeriu, le sujet parlant n’enregistre pas la langue de manière passive, car la perception est par définition active : elle est l’interprétation de ce qui est perçu en termes de connaissances antérieures. Autrement dit, le changement commence par la perception. Quant à la « conscience collective », celle-ci est une entité imaginaire : « …l’existence de représentations collectives indépendantes des consciences individuelles n’a jamais pu être démontrée » (Coșeriu 97 :14). Ce qu’il faut entendre par « conscience collective », précise encore Eugeniu Coșeriu, et de façon parfaitement justifiée, c’est la conscience de chaque locuteur en tant que locuteur. Saussure identifie la langue à un moment de son histoire, à ce qu’il appelle un « état de langue ». Cette identification a une justification technique, selon Coșeriu, en ce sens qu’elle permet une description systématique de la langue comme système de structures interdépendantes. Mais Saussure tend à réduire la langue réelle à un état de langue, ce qui n’est pas acceptable : « Il ne faut pas confondre la définition d’un concept (…) avec la description des objets qui lui correspondent et, à plus forte raison, avec la description d’un seul moment d’un objet. » (Coșeriu 97 :10). En ce qui concerne les lois linguistiques, Saussure estime qu’un phénomène particulier ne peut être déduit à partir d’une loi générale. À ce point, Coșeriu défend la position de Saussure contre R.S. Wells, selon lequel il s’agirait ici d’une déficience dans l’état actuel de développement de la linguistique. Or, précise Coșeriu, à aucun stade les choses ne se passent autrement, car « dans les sciences humaines, il est possible de dire seulement ce qui peut arriver et ce qui arrive habituellement dans certaines conditions, mais non si cela arrivera ou non, puisque cela dépend de la liberté, non d’une nécessité extérieure » (Coșeriu 97 :109). Même les sciences physiques ne prévoient pas le particulier, ajoute-t-il : « La chimie ne prévoit pas que ce morceau de sucre sera dissous par l’eau, mais établit seulement que « le sucre est soluble dans l’eau. » » (Coșeriu 97 :109). Un changement linguistique ou extralinguistique doit être expliqué dans sa particularité, tient encore à préciser Coșeriu : « donner une explication générale à un changement historiquement déterminé revient à dire qu’une maison a brûlé « parce que le feu consume le bois » – ce qui est vrai d’un point de vue générique, mais ne dit rien sur la cause […] particulière de l’incendie. » (Coșeriu 97 :85). Le concept de valeur, considéré comme central dans la linguistique saussurienne, demeure toutefois problématique. Dans sa définition, les hésitations de Saussure cohabitent avec des affirmations de caractère apodictique, de même que le caractère relativement motivé du signe linguistique subsiste dans l’ombre de son caractère radicalement arbitraire. Et cela parce que les cours de linguistique saussuriens représentaient non seulement une ouverture immense, mais aussi une recherche en cours. Les unités linguistiques n’ont rien de positif, déclare Saussure. Leur particularité consiste à ne pas se confondre entre elles ; elles sont pratiquement des entités « oppositives, relatives et négatives ». (Saussure 71 :172) Selon Coșeriu, une unité phonétique, lexicale ou grammaticale d’une langue donnée est en effet ce que les autres unités ne sont pas, mais elle est une unité spécifique en vertu de la cohésion interne qui la constitue. Et, à cet égard, elle possède quelque chose de positif. Ce fait est d’ailleurs propre à toute classe d’objets, car « il est absurde de prétendre que les chats sont des chats parce qu’ils ne sont pas des chiens » (Coșeriu 97 :121). La perception de la langue dans une perspective purement synchronique et la minimisation corrélative de la diachronie autorisent le linguiste genevois à parler de permanence, d’immuabilité de la langue : « le sujet parlant est face à un état (de langue) et la succession dans le temps des faits de langue est inexistante pour lui » (Saussure 71 :134). Cela est contesté par Coșeriu en des termes frappants par leur évidence : « …de même qu’en synchronie nous ne pouvons constater le changement, nous ne pouvons pas non plus constater en son cadre l’absence de changement, l’immobilité. Pour percevoir qu’un objet quelconque ne change pas, il faut l’observer à deux moments différents. Par conséquent, même si la langue était synchronique par nature, ce fait devrait être démontré en diachronie. » (Coșeriu 97 :9). De plus, ajoute-t-il, la linguistique, en tant que « discours sur le discours », en tant que métalangage, ne peut se prévaloir du point de vue du locuteur. Saussure considère le changement « comme une sorte de fatalité extérieure », puisque celui-ci trouve sa cause dans la parole, non dans la langue elle-même : « tout ce qui est diachronique dans la langue n’existe que par la parole » (Saussure 71 :160). Coșeriu tient à préciser que le changement a une motivation externe, mais qu’il est en lui-même interne. Et, comme adaptation aux nécessités d’expression des locuteurs, qui se renouvellent, il relève de l’essence de la langue, il est une condition « de la synchronicité fonctionnelle » de celle-ci. Selon Saussure, le changement est asystématique ; il affecte un élément particulier du langage et non ce qui relie cet élément aux autres. Le changement n’est pas intentionnel, ajoute-t-il encore : « Ces faits diachroniques ne tendent même pas à changer le système. On n’a jamais voulu passer d’un système de rapports à un autre ; la modification ne concerne pas l’ordonnancement, mais les éléments ordonnés » (Saussure 71 :139). Coșeriu signale ici une contradiction dans la conception de la langue du linguiste genevois : « Si la langue est un « jeu d’oppositions » et « dans un état de langue tout repose sur des rapports », alors les termes qui expriment les rapports eux-mêmes sont déterminés par ceux-ci et non l’inverse. Par conséquent, le changement ne peut avoir de sens que comme modification des rapports ; lorsque seuls les termes en tant que tels se modifient, on peut dire que, du point de vue structurel, « il ne se passe rien ». » (Coșeriu 97 :114). Quant à la non-intentionnalité, « la langue ne prémédite rien », car la finalité ne peut être objective : « une intention non repérable subjectivement ne peut être constatée « objectivement » ni déduite des faits » (Coșeriu 97 :104). Les changements, précise Coșeriu, ne peuvent être compris que comme des processus constitués par les actes intentionnels et finalistes des sujets parlants. Le changement saussurien coïncide avec le moment où l’innovation devient un fait de langue adopté par la communauté. En d’autres termes, le changement est synonyme de mutation : « pour qu’apparaisse dans la langue un fait nouveau, il est nécessaire que l’ancien lui cède la place » (Saussure 71 :140). Coșeriu reproche au concept saussurien de changement d’ignorer le processus du changement en tant que tel, qui implique une série d’adoptions successives. Le changement ne commence pas avec l’innovation, d’autant plus que toutes les innovations constatées dans la parole ne se répandent pas. Le changement commence avec l’adoption de l’innovation, « comme acceptation interindividuelle d’un mode linguistique nouveau, adéquat à une certaine finalité expressive » (Coșeriu 97 :119) ; il est sélectif. Un dialecte est un système de faits linguistiques analogues. La diffusion d’une innovation, en revanche, est précisément la constitution d’un fait de langue interindividuel. Dire, avec Saussure, qu’un changement se répand sans exception à l’intérieur d’un dialecte est un cercle vicieux, car cela suppose que l’on délimite d’abord le dialecte sur la base de faits de langue similaires, parmi lesquels le changement en question, puis que l’on décrète que le changement se produit sans exception dans le dialecte ainsi délimité. En réalité, souligne Coșeriu, la diffusion d’un changement phonétique, lexical ou grammatical « dépend d’un processus historique spécifique, qui se réalise ou ne se réalise pas, et qui ne peut se réaliser qu’à une certaine époque et dans un certain groupe d’individus » (Coșeriu 97 :41). La thèse de l’application sans exception de lois phonétiques, lexicales ou grammaticales est contredite par les faits. D’où la nécessité de la dissociation, opérée par Coșeriu, entre le changement au sens extensif, comme diffusion d’une innovation, et le changement au sens intensif, comme adoption par les locuteurs de l’innovation, et donc comme sélection. Saussure reconnaît que les faits diachroniques modifient le système synchronique, mais il n’admet pas que celui-ci, à son tour, puisse conditionner l’événement diachronique. Il transforme ainsi en une séparation réelle la distinction, méthodologiquement irréprochable, entre synchronie et diachronie. Or, « ce qui fait que la langue est langue, ce n’est pas simplement sa structure (qui représente la condition de son fonctionnement), mais l’activité linguistique : celle-ci crée la langue et la maintient comme tradition. » (Coșeriu 97 :126). « Chaque état de langue présente une structure systématique précisément parce qu’il est un moment de la systématisation. Par le concept de systématisation, l’antinomie synchronie et diachronie est dépassée » (Coșeriu 97 :126-127), tient à souligner le linguiste roumain. Le problème du changement, conclut-il, doit être posé au niveau de la parole, qui a une existence concrète, et non au niveau de la langue détachée des circonstances et de la finalité de l’acte linguistique. Et en effet, dans la langue, le signe linguistique signifie (il a une signification qui peut être définie), mais il ne peut désigner. Dans la parole, comme substitut de la chose connue par le sujet parlant, le signe linguistique a une signification, déduite des circonstances dans lesquelles il a été connu, et désigne en même temps la chose qui fait l’objet du discours. Personnellement, je considère que l’approche proposée par le linguiste roumain permet, entre autres, de remettre en discussion sur de nouvelles bases le caractère arbitraire du signe linguistique, trop facilement transformé en dogme. Quant au « Cours de Linguistique Générale » de Saussure, qui a conféré au domaine de l’étude de la langue le statut de science, il demeure un vaste chantier avec de nombreuses idées en cours d’élaboration. Bibliographie COŞERIU, Eugeniu, 1997, Sincronie, Diacronie şi Istorie - Problema schimbării lingvisice, Bucureşti, Editura Enciclopedică. SAUSSURE, Ferdinand, 1971, Cours de linguistique générale, Paris, Éditions Payot
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Dolcu Emilia. “L’œuvre d’Eugeniu Coșeriu – un exemple de pensée claire et pertinente .” Atelier, Poezie.ro, https://poezie.ro/revista/2025/12/loeuvre-deugeniu-coseriu-un-exemple-de-pensee-claire-et-pertinente

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