L’esclave et l’oiseau
de Marceline Desbordes-Valmore(2011)
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Ouvre ton aile au vent, mon beau ramier sauvage,
Laisse à mes doigts brisés ton anneau d\'esclavage !
Tu n\'as que trop pleuré ton élément, l\'amour ;
Sois heureux comme lui : sauve-toi sans retour !
Que tu montes la nue, ou que tu rases l\'onde,
Souviens-toi de l\'esclave en traversant le monde :
L\'esclave t\'affranchit pour te rendre à l\'amour ;
Quitte-moi comme lui : sauve-toi sans retour !
Va retrouver dans l\'air la volupté de vivre !
Va boire les baisers de Dieu, qui te délivre !
Ruisselant de soleil et plongé dans l\'amour,
Va-t-en ! Va-t-en ! Va-t-en ! Sauve-toi sans retour !
Moi, je garde l\'anneau ; je suis l\'oiseau sans ailes.
Les tiennes vont aux cieux ; mon âme est devant elles.
Va ! Je les sentirai frissonner dans l\'amour !
Mon ramier, sois béni ! Sauve-toi sans retour !
Va demander pardon pour les faiseurs de chaînes ;
En fuyant les bourreaux, laisse tomber les haines.
Va plus haut que la mort, emporté dans l\'amour ;
Sois clément comme lui... sauve-toi sans retour !
(Marceline Desbordes-Valmore, Poésies inédites, 1860)
