Amour
de Marceline Desbordes-Valmore(2011)
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« Trop faibles que nous sommes;
C’est toujours cet amour qui tourmente les hommes. »
André Chénier.
Ce que j’ai dans le cœur, brûlant comme notre âge,
Si j’ose t’en parler, comment le définir ?
Est-ce un miroir ardent frappé de ton image ?
Un portrait palpitant né de ton souvenir ?
Vois ! je crois que c’est toi, même dans ton absence,
Dans le sommeil; eh quoi ! peut-on veiller toujours ?
Ce bonheur accablant que donne ta présence,
Trop vite épuiserait la flamme de mes jours.
Le même ange peut-être a regardé nos mères;
Peut-être une seule âme a formé deux enfants.
Oui, la moitié qui manque à tes jours éphémères,
Elle bat dans mon sein où tes traits sont vivants !
Sous ce voile de feu j’emprisonne ta vie :
Là, je t’aime, innocente, et tu n’aimes que moi :
Ah ! si d’un tel repos l’existence est suivie,
Je voudrais mourir jeune, et mourir avec toi !
(Marceline Desbordes-Valmore, Les Pleurs, 1833)
