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Christine

de Poèmes barbares

de Leconte de Lisle(2011)

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Une étoile d\'or là-bas illumine
Le bleu de la nuit, derrière les monts.
La lune blanchit la verte colline :
- Pourquoi pleures-tu, petite Christine ?
Il est tard, dormons.
- Mon fiancé dort sous la noire terre,
Dans la froide tombe il rêve de nous.
Laissez-moi pleurer, ma peine est amère
Laissez-moi gémir et veiller, ma mère :
Les pleurs me sont doux.
La mère repose, et Christine pleure,
Immobile auprès de l\'âtre noirci.
Au long tintement de la douzième heure,
Un doigt léger frappe à l\'humble demeure :
- Qui donc vient ici ?
- Tire le verrou, Christine, ouvre vite :
C\'est ton jeune ami, c\'est ton fiancé.
Un suaire étroit à peine m\'abrite ;
J\'ai quitté pour toi, ma chère petite,
Mon tombeau glacé.
Et coeur contre coeur tous deux ils s\'unissent.
Chaque baiser dure une éternité :
Les baisers d\'amour jamais ne finissent.
Ils causent longtemps, mais les heures glissent,
Le coq a chanté.
Le coq a chanté, voici l\'aube claire
L\'étoile s\'éteint, le ciel est d\'argent.
- Adieu, mon amour, souviens-toi, ma chère !
Les morts vont rentrer dans la noire terre,
Jusqu\'au jugement.
- Ô mon fiancé, souffres-tu, dit-elle,
Quand le vent d\'hiver gémit dans les bois,
Quand la froide pluie aux tombeaux ruisselle ?
Pauvre ami, couché dans l\'ombre éternelle,
Entends-tu ma voix ?
- Au rire joyeux de ta lèvre rose,
Mieux qu\'au soleil d\'or le pré rougissant,
Mon cercueil s\'emplit de feuilles de rose ;
Mais tes pleurs amers dans ma tombe close
Font pleuvoir du sang.
Ne pleure jamais ! Ici-bas tout cesse,
Mais le vrai bonheur nous attend au ciel.
Si tu m\'as aimé, garde ma promesse :
Dieu nous rendra tout, amour et jeunesse,
Au jour éternel.
- Non ! je t\'ai donné ma foi virginale ;
Pour me suivre aussi, ne mourrais-tu pas ?
Non ! je veux dormir ma nuit nuptiale,
Blanche, à tes côtés, sous la lune pâle,
Morte entre tes bras !
Lui ne répond rien. Il marche et la guide.
À l\'horizon bleu le soleil paraît.
Ils hâtent alors leur course rapide,
Et vont, traversant sur la mousse humide
La longue forêt.
Voici les pins noirs du vieux cimetière.
- Adieu, quitte-moi, reprends ton chemin ;
Mon unique amour, entends ma prière !
Mais elle au tombeau descend la première,
Et lui tend la main.
Et, depuis ce jour, sous la croix de cuivre,
Dans la même tombe ils dorment tous deux.
Ô sommeil divin dont le charme enivre !
Ils aiment toujours. Heureux qui peut vivre
Et mourir comme eux !

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