L’île de Sein
de Jeanne Neis Nabert(2015)
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Le soir effeuille l’or des pavots sur la dune,
L’île des sept sommeils s’endort entre les flots,
Comme un navire au clair de lune
Abandonné des matelots.
Les rochers d’Orgador lui dressent une proue
Monstrueuse sur le ciel clair,
Un avant fabuleux de granit où se joue
La mer…
Sur les galets le flux nonchalant et rythmique.
Traînant l’odeur du frais varech,
Monte frangé d’opale, avec
Un long soupir mélancolique.
La nuit entr’ouvre au ciel ses blanches floraisons ;
Par intervalles,
Les phares allumés peuplent les horizons
D’astres épars, fuyants et pâles
C’est l’heure où dénouant leurs sombres chevelures
Au vent mystérieux des soirs,
Les sept vierges de l’île accouraient aux augures,
Blanches parmi les rochers noirs.
Sur les gouffres mouvants l’une à l’autre enlacées,
Elles suivaient le jeu des vagues cadencées
Moins profondes que leurs yeux verts,
Tandis que sur l’autel de leur culte pervers
Un blême adolescent ensanglantant leurs voiles,
Râlait, sous les étoiles…
(Jeanne Neis-Nabert, « La mer» in Silences brisés, 1908, pp. 51-52)
