Les fenêtres
de Jeanne Neis Nabert(2015)
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À l’assaut des grands murs monte l’obscurité ;
Mais les fenêtres d’or sous l’opale des lampes,
Tendant sur le fond noir leurs divines estampes,
Ouvrent aux yeux perdus leurs golfes de clarté.
La vague des nuits meurt au bord de leurs croisées
Comme un sombre océan aux plages de soleil,
Et la vie, en couleurs tièdes, pastellisées,
Mesure son image à leur cadre vermeil.
Les amants enlacés y penchent leur vertige ;
Le cœur lourd de langueur en l’extase du soir
Celles qu’on n’aime pas encor viennent s’asseoir,
Pâles d’attendre en vain quelque vague prodige.
Somnambules troublés de pressentir peut-être
La mort qui dans la nuit soulève les verrous…
Les vieux vont s’accouder à la blonde fenêtre
Pour un mystérieux et dernier rendez-vous.
Tandis que l’on devine à travers les rideaux
Au rythme familier de lentes mélopées
De petits bras d’enfants, toutes enveloppées
Des femmes aux seins nus avec leurs doux fardeaux.
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Ô tiède profondeurs des fenêtres décloses
Que déchire en sanglots un arpège soudain…
Autels illuminés, vers qui tout le jardin
Balance, éperdument, l’encensoir de ses roses.
Jusqu’à l’heure où la nuit, jetant son flux vainqueur,
Submerge tour à tour leurs îles de lumière
Et que seule à rêver, debout à la dernière
Je me sens toute la nuit inonder tout mon cœur !
(Jeanne Neis-Nabert, « Poèmes » in Silences brisés, 1908, pp. 39-40)
