Le front proche, les mains unies…
de Jeanne Neis Nabert(2015)
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Le front proche, les mains unies
Nous regardons se déployer
En sarabandes infinies
Les folles flammes du foyer.
Leurs furtives métempsycoses
Font naître à nos yeux fascinés,
De fauves, de fébriles roses
Et de grands lis désordonnés.
Une corbeille d’anémones
Aux pétales courbes et bleus,
De vagues spectres de couronnes
D’or flou, mobile et nébuleux.
Ce sont des gerbes d’étincelles
Et de calices vermillon
Où les flammes battent des ailes
Comme un essaim de papillons.
Dans la spirale des fumées
Se poursuivent en bonds mutins
Les salamandres, les almées
Les chimères et les lutins.
Jusqu’à l’heure où la cendre pâle
Rose et grise sur les tisons
Pose en silence sa sandale,
Éteint rêves et floraisons…
Quand nos âmes déjà lointaines
Près du foyer où meurt le feu
Se cherchent encore, incertaines,
Dans un dernier baiser d’adieu…
(Jeanne Neis-Nabert, « Carnets d’une morte » in Silences brisés, 1908, p. 120-121)
