Ils disent…
de Jeanne Neis Nabert(2015)
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« Et s’il leur vient des émotions tendres
Les poètes croient que la nature est amoureuse d’eux. »
Nietzsche
Ils disent que mes vers ne se liront jamais,
-Mais les fleurs sauront bien comme je les aimais,
Comme je murmurais d’une voix douce, douce
Mes paroles d’amour à leur chevet de mousse.
Ils disent que mes vers sont voués à l’oubli.
-Mais vous aurez connu mon visage pâli…
Mais vous, vous saurez bien immortelles étoiles,
Comme à mes yeux d’amant glissaient vos derniers voiles !
Ils disent qu’en rimant on peut mourir de faim.
-Mais toi, toi tu m’auras bercé jusqu’à la fin,
Toi tu m’endormiras sur ton cœur, ô nature,
Et ton lit nuptial sera ma sépulture !
Ils disent, les cruels, que tu ne comprends pas,
Que rien ne t’émouvait quand je tendais mes bras.
-Mais moi, moi je t’aurai de ma vie animée
Et je t’aurai du moins éperdument aimée !
(Jeanne Neis-Nabert, Silences brisés, 1908, pp. 5-6)
