Exil
de Jeanne Neis Nabert(2015)
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Le jardin me disait : « Ne pars pas, car mes fleurs
À ton retour seront fanées. »
Et les arbres vers moi s’inclinaient tout en pleurs
Ô floraisons abandonnées !
La maison me disait : « Ne pars pas, car l’oubli
Prendra ta place après une heure. »
Quand j’ai tourné vers elle un visage pâli
Elle criait encor : « Demeure ! »
L’Océan me disait : « Ne pars pas, mes flots bleus
Ont une invincible magie,
Rien ne reposera tes yeux errants, tes yeux
Qui pleureront de nostalgie.
Le pays me disait : « Ne tente pas le sort,
Ton faible cœur encor palpite.
S’il s’arrêtait pourtant… Ne crains-tu pas la mort
Tu pars si loin, tu pars si vite ! »
Une autre voix plus douce encor disait tout bas
Au moment de l’adieu suprême :
« Si tu ne revenais jamais ! oh ! ne pars pas !
Ne t’en va pas puisque je t’aime. »
Et cependant j’ai fui… Mais ces lointaines voix
Ainsi que de plaintives cloches
Éveillant dans mon cœur les échos d’autrefois
Me poursuivent de leurs reproches.
Par pitié taisez-vous. Oh ! oui je vous aimais
D’une tendresse inassouvie
Oui, je vous ai quittés, mais je pleure à jamais
Et la coupable c’est la vie !
(Jeanne Neis-Nabert, « Poèmes » in Silences brisés, 1908, pp. 31-32)
