Être à toi sans retour, être à toi sans mesure…
de Jeanne Neis Nabert(2015)
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« Süss ist jede verschwendung
O lass mich der schonsten geniessen ! »
Goethe.
Être à toi sans retour - être à toi sans mesure -
Être à toi sans espoir - être à toi sans regret.
Te perdre, et par avance hélas ! en être sûre,
Faire de ma jeunesse un veuvage secret. -
Savoir qu’un autre amour à jamais nous sépare,
Qu’une autre voix t’appelle et que tu répondras,
N’être que la chimère où ton désir s’égare,
N’être qu’un souvenir. –Si tu n’oubliais pas !
Suivre de loin tes pas adorés sur la route
Parmi l’effeuillement d’espoirs toujours brisés,
Entre de noirs cyprès, le remords et le doute
Dont l’ombre s’étendra jusques à nos baisers ;
Voir comme au vent d’oubli ton amour s’évapore,
Sans que j’ose pourtant m’en plaindre, même à Dieu,
Et dernière douleur, si tu m’aimes encore
N’avoir pas en mourant droit au dernier adieu…
Ah ! laisse-moi t’aimer, laisse que je me noie,
Que je roule au torrent de ce divin effroi !
Laisse-moi mon bonheur ! ne me prends pas la joie
Le douloureux orgueil d’avoir pleuré pour toi.
(Jeanne Neis-Nabert, « Carnets d’une morte » in Silences brisés, 1908, p. 109-110)
