Bleu
de Jeanne Neis Nabert(2015)
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Sous ses voiles d’azur qu’enfle la fantaisie
La nacelle du rêve aborde aux flots bleus,
Debout au gouvernail mon âme s’extasie
Et se fond au soleil dans les cieux nébuleux.
Aux écueils de turquoise où les flux vagues meurent
Sur le sable teinté de lapis-lazuli
Sur l’algue de saphir transparent et pâli
Des bleuâtres ibis immobiles demeurent.
Là-bas, c’est la forêt des étoiles-bluets,
Tandis que par milliers aux paupières des branches
S’ouvrent les yeux naïfs, étonnés des pervenches
Vers les myosotis chuchoteurs des secrets,
Vers les myosotis puisant l’azur des sèves
Aux lèvres des ruisseaux moduleuses d’adieux.
Le souvenir éclos répond : « J’ai bu des rêves ! »
Le souvenir en fleur prend la couleur des cieux.
Et dans l’éther dissout, dilué, diaphane,
Où vont les papillons follets couleur de feu,
Où les songes ailés montent en caravane,
Là-bas, là-haut, si loin de toute main profane,
Des rythmes inconnus balancent en leur jeu
Le mystique lotus où niche l’oiseau bleu…
La symphonie azur tinte au fond de mon âme,
Ruisselle en note vive ou pâle tour à tour :
Du fleuve musical où le roseau se pâme,
À la veine fragile où bat un flux d’amour,
Des tempes d’un enfant au sein blanc d’une femme ;
Du manteau de la Vierge où se condense un ciel
Aux pleurs phosphorescents, fuyantes lucioles,
Qu’arrache au cœur des flots le son des barcarolles.
Tout est bleu, flou, léger, calme, immatériel…
Comme si tes grands yeux défunte Marguerite
Pour Faust ressuscité s’ouvrant miraculeux
Proches comme autrefois et vagues comme un mythe
Renaissaient aussi purs, aussi doux, aussi bleus !
La symphonie azur tinte au fond de tes yeux !
(Jeanne Neis-Nabert, « Arc-en-ciel » in Silences brisés, 1908, pp.11-12)
