Prise de conscience
de Hermann Hesse(2013)
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Divin et éternel est l’esprit.
C’est vers lui, dont nous sommes l’image et l’instrument,
Que nous conduit notre voie ; notre plus intime nostalgie
Est : devenir comme Lui, briller dans Sa lumière.
Mais nous avons été créés d’argile, et mortels.
Le poids pèse lourdement sur nous autres, créatures.
Certes, douce et maternelle, la nature nous entoure chaudement,
La terre nous allaite et nous offre berceau et tombeau.
Pourtant la nature ne nous contente point,
L’étincelle vivifiante de l’esprit immortel
Transperce son charme maternel,
Paternelle, elle fait un homme de l’enfant,
Elle efface l’innocence et nous éveille au combat et à la conscience.
Ainsi entre mère et père,
Ainsi entre corps et esprit,
Le plus fragile enfant de la création hésite,
Homme, âme tremblante, capable de souffrir
Comme aucun autre être, et capable du sublime :
Un amour fidèle et qui espère.
Difficile est sa voie, péché et mort sont sa provende.
Souvent il s’égare dans les ténèbres, souvent il vaudrait mieux
Pour lui n’avoir jamais été créé,
Mais à jamais brille au-dessus de lui sa vocation,
Sa nostalgie : l’esprit, la lumière.
Et nous sentons : que lui, l’homme en danger,
L’éternité l’aime d’un amour singulier.
C’est pourquoi pour nous autres, frères égarés,
L’amour nous est possible dans tout partage,
Et non la condamnation et la haine,
Mais l’amour patient,
La tolérance amoureuse nous conduit
Plus près du but sacré.
1933
(Georg Thürer, « La vie et l’œuvre de Hermann Hesse », in Hermann Hesse, Siddhartha, Paris, Rombaldi, 1970, pp. 54-55)
