Nuit d’Italie
de Hermann Hesse(2013)
2 min lectură
Mediu
J’aime ces nuits illuminées de mille teintes chamarrées
À la lumière vacillante des lampes éclairées,
J’y mêle le rouge intense de mes poèmes nouveaux.
Vois, ma bien-aimée comme la jeunesse accourt
Dans une danse tardive et comme dans la fumée des flambeaux
La lune suspendue brille pour nous seuls avec amour.
Ces nuits-là, mon cœur tremblant guette sans cesse,
Triste et joyeux, les souvenirs du pays et de la jeunesse,
Battant au rythme d’amoureuses mélodies ;
Mais mes yeux voient la lune étrangère
Sur sa barque d’argent qui s’enfuit
Et s’habitue à la solitude amère.
Vois, ma jeunesse fut un jeu coloré,
Une danse sauvage, sans but, effrénée
Qui lasse de crépiter comme une étoile mourut.
Puis j’ai vagabondé par le monde entier
Ma tête ne trouvant pas de couche, personne ne m’écoutant plus,
Avec pour tout bagage un pays pâle de nostalgie rêvé.
Regarde la foule dansante ondoyer
Brûlant de plaisir et, criant sa gaieté
Jeter très haut la couronne enflammée de cette allégresse brève,
Comme si doucement enivrée par d’exotiques fragrances,
Ma jeunesse poursuivait là sans trêve
Ses jeux anciens dans de nouvelles danses.
Les jeux anciens ! Je voudrais désormais me retirer
Et sentir sur mes lèvres glacées
Les charmes doux de ce breuvage enivrant.
Que mon esprit regarde indifférent autour de lui
Comme la mesure d’un poème qu’il compte en souriant
Les battements vifs de mon cœur empli de nostalgie.
(Hermann Hesse, Lauscher, Paris, Maren Sell/Calmann-Lévy, 1998, pp. 194-195)
