À mon amour
de Hermann Hesse(2013)
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Mediu
Sur mon épaule pose
Ta lourde tête et pas un mot ne dis
Puis goûte de chaque larme éclose
La saveur douloureusement suave et lasse de la lie.
Le jour viendra
Où de soif et d’angoisse éperdue
En vain tu te languiras
De ces larmes perdues.
Sur mes cheveux laisse
Ta main ; ma tête lourde est courbée ;
Ce qui faisait ma jeunesse
Tu me l’as dérobé.
Elle est à jamais envolée
La splendeur de la jeunesse, la source de toute joie
Dont l’éclat doré semblait éternellement durer.
Seuls restent la colère et le désarroi.
Et des nuits, des nuits sans fin,
Fiévreuses et déchaînées
Où la ronde des plaisirs de l’amour anciens
Traverse douloureusement mon rêve éveillé.
Aux heures de rare répit
Ma jeunesse s’approche parfois de moi
Telle une hôte craintive et pâle et gémit ;
Mon cœur se serre alors d’effroi.
Sur mes cheveux laisse
Ta main ; ma tête lourde est courbée ;
Ce qui faisait ma jeunesse
Tu me l’as dérobé.
(Hermann Hesse, Lauscher, Paris, Maren Sell/Calmann-Lévy, 1998, p. 191)
