Le Cimetière
de Hector de Saint-Denys Garneau(2011)
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L’air est tiède, enivrant; le vent s’est arrêté
Dans sa course rapide et sur la plaine douce
Repose mollement. Le soleil a glissé
Du haut du firmament; sa grosse boule rousse
De ses derniers rayons a coloré les cieux
Et rougi le clocher de la petite église.
On dirait que le monde est recueilli, pieux
Et fait l’acte d’amour qu’emporte au loin la brise,
Vers le Dieu Tout-Puissant, dans l’infini bleuté.
Et moi, toujours rêveur, vers le vieux cimetière
J’ai dirigé mes pas.
Ah ! quel beau soir d’été
Ah ! que le ciel est beau ! Ah ! que la terre est chaude !
Et que le cimetière est tranquille et pensif !
Le soir est violet et la brise qui rôde
Sur les prés endormis, sur les roseaux chétifs,
Est lente comme un rêve. Et la plaine repose.
Le cimetière est doux et calme; le vieux mur
Est couvert de lierre et sur la porte close
Un oiseau s’est posé pour chanter dans l’air pur
Sa chanson aux accents mélodieux et tendres.
Sur les tombes, les fleurs se penchent lentement
Et parlent d’une voix que nul ne peut entendre
À ceux qui sous leurs pieds reposent doucement.
Ah ! quel séjour de paix ! tranquillité qui grise !
Je me suis arrêté et longtemps j’ai rêvé…
J’ai pensé que les soirs, après les journées grises
Et pleines de douleurs et de tourments glacés,
Que les soirs apportaient un repos à la terre.
Et j’ai pensé aussi, qu’après ce jour trop gris
Que nous avons vécu, voyageurs solitaires,
Nous viendrons reposer, loin des tristes soucis,
Dans le vieux cimetière…
Et la nuit est venue
Me surprendre à rêver dans la douceur du soir.
Je m’en suis retourné, tout seul, le long des rues.
Ah ! que le cimetière est calme, dans le soir !
Poème inédit
Ce lundi, 5 novembre 1928
(Hector de Saint-Denys Garneau, Mémorial. Inédits de Saint-Denys Garneau de parents et d’amis, 1996)
