Rue transversale
de Fernando Pessoa(2020)
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Je suis l’amoureux de la lune…
Mon cœur qu’un vain rêve importune
Est fleur qui ne s’épanouit
Que sous la lune et dans la nuit…
Il n’est de rêve qu’âme une…
Mes heures conscientes sont
Passées dans mon propre horizon…
Courbé de mon lointain, je rêve
Ma propre absence, et je m’enlève
À mon corps, murs de ma prison…
L’heure est telle que ma faiblesse.
Il faut se souvenir sans cesse
Pour prouver à son sentiment
De son interne et vrai néant
Qu’il n’est d’ombre que sans caresse…
Pourquoi d’ailleurs, mettre un savoir
Que l’on est conscient au soir
De notre molle doléance ?
Il n’est de jour que notre absence
De tout sens de pouvoir pouvoir.
(Fernando Pessoa, « Les poèmes français » in Œuvres poétiques, Paris, Gallimard (Bibliothèque de la Pléiade no 482), 2001, pp. 1615-1616)
