Heureux, ceux dont les corps
de Fernando Pessoa(2020)
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Heureux, ceux dont les corps au pied des arbres gisent
Dans le sein de la terre humide,
Car plus jamais n’endurent le soleil, ne souffrent
Des maladies de la lune.
Éole peut déverser sa caverne entière
Sur l’orbe mis en charpie,
Et Neptune, à pleines mains, projeter bien haut
Les vagues et tout leur fracas.
Que leur est tout, sinon rien ? Le pâtre lui-même
Qui, au soir tombant, passe
Sous l’arbre au pied duquel gît celui qui fut l’ombre
Imparfaite d’un dieu,
Ignore que ses pas s’en vont couvrant
Ce qui aurait pu être,
Si pour toujours la vie était la vie, la gloire
D’une éternelle beauté.
(Fernando Pessoa, alias Ricardo Reis, Je ne suis personne, anthologie, Paris Christian Bourgois Éditeur, 1994, p. 172)
