Des larmes et des saints, extraits
de Emil Cioran(2010)
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Mediu
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Pour le baiser coupable d’une sainte, j’accepterais la peste comme une bénédiction.
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Serai-je un jour assez pur pour me refléter dans les larmes des saints ?
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Au jugement dernier on ne pèsera que les larmes.
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Seuls le paradis ou la mer pourraient me dispenser du recours à la musique.
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La limite de chaque douleur est une douleur plus grande.
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Seigneur, n’es-tu qu’une erreur du cœur, comme le monde est une erreur de l’esprit ?
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Je me suis attaché aux apparences lorsque j’ai compris qu’il n’y avait d’absolu que dans le renoncement.
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Se préoccuper de la sainteté ; combattre la maladie par la maladie. Aurai-je assez de musique en moi pour ne jamais disparaître ? Il est des adagios après lesquels on ne peut plus pourrir.
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L’avantage de penser à Dieu c’est de pouvoir dire n’importe quoi à son sujet. Moins on lie les idées les unes aux autres, plus on a de chance de s’approcher de la vérité. Dieu profite, en somme, des périphéries de la logique.
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« Croire » à la philosophie est signe de bonne santé. Ce qui ne l’est pas c’est se mettre à « penser ».
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Il y a des êtres sur lesquels Il ne peut se pencher sans perdre son innocence.
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Sans Dieu tout est nuit et avec lui la lumière même devient inutile.
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Tous les déclins sont là pour me soutenir.
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L’idée de Dieu est la plus pratique et la plus dangereuse jamais conçue. Par elle l’humanité se sauve ou se perd.
L’ « absolu » est une présence dissolvante dans le sang.
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J’écoute le silence et ne puis étouffer sa voix : « tout est fini ». Ces mêmes paroles ont présidé au commencement du monde, puisque le silence l’a précédé…
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Tout est frivole – y compris l’Ultime. Une fois arrivé là, on a honte de toute interrogation capitale.
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Il y a dans la vie comme l’hystérie d’une fin de printemps.
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Ni assez malheureux pour être poète… ni assez indifférent pour être philosophe, je ne suis que lucide, mais assez pour être condamné.
« Je vis de ce dont les autres meurent « (Michel-Ange). Il n’y a rien d’autre à ajouter sur la solitude…
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Le monde n’est qu’un prétexte. Nous avons besoin de penser à quelque chose – et nous l’avons choisi comme matière à réflexion. Aussi, la pensée ne manque-t-elle pas une occasion de le détruire.
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Le dernier mot de toute religion : « la vie » comme une perte d’âme.
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Tout ce qui en moi aspire à la vie exige que je renonce à Dieu.
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Pardonnerai-je jamais à la terre de m’avoir compté parmi les siens à titre d’intrus seulement ?
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Le Paradis gémit au fond de la conscience, tandis que la mémoire pleure. Et c’est ainsi qu’on songe au sens métaphysique des larmes et à la vie comme le déroulement d’un regret.
(E. M. Cioran, Des larmes et des saints, 1937)
Despre aceasta lucrare
- Autor
- Emil Cioran
- Tip
- Proză
- An
- 2010
- Curent
- Generatia27
- Cuvinte
- 504
- Citire
- 3 min
- Actualizat
Cum sa citezi
Emil Cioran. “Des larmes et des saints, extraits.” Clasici, Poezie.ro, https://poezie.ro/clasici/emil-cioran/proza/des-larmes-et-des-saints-extraitsIntrebari frecvente
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