L’ÉTÉ DE LA SAINT-MARTIN
de Boris Pasternak(2009)
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Les groseilliers ont des feuilles plus rêches.
On entend rire et tinter les carreaux
De la cuisine où l’on poivre, où l’on hache,
Où l’on épice et marine et confit.
Et la forêt s’amuse à renvoyer
Tout ce vacarme au talus que tapissent,
Grillés par le soleil, des noisetiers
Qui sous le feu de son brasier roussissent.
Et l’on y voit à regret que les souches
Sont desséchées, que, comme un chiffonnier,
Dans le ravin où le sentier débouche,
L’automne a balayé tous ses déchets,
Que l’univers hélas est bien plus simple
Que ne voudrait le croire tel malin,
Que le bosquet se sent la mort dans l’âme,
Que toute chose ici-bas a sa fin.
Et qu’il est vain de chercher à comprendre
Quand alentour toute chose est brûlée,
Et quand l’automne à l’assaut des fenêtres
Tisse sa vapeur blanche d’araignée.
La palissade est percée d’un passage
Et le sentier se perd dans les bouleaux.
Aux rires, au vacarme du ménage
L’espace au loin répond comme un écho.
(Boris Pasternak, « Vers de Iouri Jivago », in « Le Docteur Jivago », 1958)
