Chanson
de Boris Pasternak(2009)
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Petit lièvre fuyant par le monde tout blanc,
Petit lièvre fuyant par la neige toute blanche,
Petit lièvre fuyant par-devant le sorbier,
Petit lièvre fuyant au sorbier se plaignit :
Petit lièvre je suis, et mon cœur est timide,
Et mon cœur est timide et prend peur aisément.
Oui, j\'ai peur, pauvre lièvre, des bêtes cruelles,
Des bêtes cruelles et du loup affamé.
Aie pitié, beau sorbier, protège-moi de tes branches;
Ô sorbier, doux ami, que tes branches sont belles,
Ne donne pas ta beauté à l\'ennemi méchant,
À l\'ennemi méchant, ou au méchant corbeau.
Jette tes jolies grappes par poignées dans le vent,
Dans le vent, par le monde et par la blanche neige...
Fais-les rouler bien loin, au pays bien-aimé,
Dans la dernière maison, à la lisière du bois,
À la dernière fenêtre, et jusque dans la chambre,
Une prisonnière est là cachée,
Ma désirée, ma tant-aimée.
Dis à l\'oreille de ma bien-aimée
Une parole douce et brûlante.
Dis que je languis, loin en prison,
Pauvre soldat parti en guerre,
Et je m\'ennuie loin du pays
Mais je m\'en irai de l\'amère prison
Pour retrouver ma douce belle.
(Boris Pasternak, Le Docteur Jivago, partie 11, ch. VI)
