À HÉLÈNE
de Boris Pasternak(2009)
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Même une avanie,
Même une injure serait bonne.
Qui prendre à partie?
Qui poursuivre? Il n’y a personne.
Faut-il à l’arum
La pitié des mares sans rides?
Les soirées embaument
En vain, aux tropiques putrides.
Toi, tu paraîtrais,
Je l’espérais, ce matin même,
Dansant à jamais
Dans mon âme, lis, juge et reine.
Le pré se prenait
Pour Faust, ou peut-être Hamlet.
Dans les pimprenelles
Il volait, fouettant les mollets.
Ou bien doux, tout doux,
Il caressait, brise assoupie,
Perles et bijoux
Sur les épaules d’Ophélie.
La cour délirait,
La nuit, affolée par les floches
Du brouillard. Les rets
De la pluie ligotaient les chaumes,
Prudents et muets.
Dans la joie voguait le jeune âge,
Comme l’oreiller
Vogue au sommeil d’un enfant sage.
« Tu mérites Troie »,
Et baisait les lèvres amères.
De plâtre, d’albâtre,
Divines étaient les paupières.
Les tempes qui battent,
Et le vêtement tendre, mort.
Dors, reine de Sparte,
Il est tôt, il fait noir encore.
Le chagrin s’énerve,
Bouillonne, écume, s’exaspère.
Et s’il perd la tête,
Seul avec lui, que peut-on faire?
Crie, dit-il. Ça brûle?
Ça griffe? Pour elle de même!
Que le sort stipule :
Qu’elle soit marâtre ou bien mère.
(In Ma sœur la vie, 1922)
