Boris Pasternak
de Anna Ahmatova(2009)
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Mediu
Lui, qui se compare lui-même à un œil de cheval,
Il louche, regarde, voit et reconnaît,
Et, voilà que déjà, tel un diamant liquide
Rayonnent les flaques, s’étiolent les plaques de gel.
Dans la brume mauve reposent les arrière-cours,
Les quais, les poutres, les feuilles, les nuages des cieux.
Sifflet du train. Craquement d’une peau de pastèque.
Timide, gantée de cuir, se tend sa main…
Tu tintes, tu donnes, tu grinces, tu fais battre le flux
Et soudain tu t’apaises – c’est que tu marches
Craintif sur les aiguilles de pin
Pour ne pas troubler le rêve fragile de l’espace.
C’est que tu comptes les grains
Sur les épis moissonnés, c’est que tu reviens
De quelque sombre visite
À la dalle maudite du Darial. (1)
De nouveau Moscou te consumera
Avec au loin le grelot de la mort
Tu t’es perdu à deux pas de la maison,
Dans la neige jusqu’à la ceinture…c’est fini.
Parce qu’il a comparé la fumée à un Laocoon,
Parce qu’il a chanté les chardons des cimetières,
Parce qu’il a rempli le monde d’une sonorité toute neuve
De strophes, qui se reflètent dans un espace nouveau.
Il a reçu le don d’une éternelle enfance,
Et cette munificence, cette acuité des astres,
Et toute la terre est son héritage,
Qu’avec nous tous il a partagé
(1) Les gorges du Durial dans les Caucases sont célèbres par leur pittoresque et elles ont été chantées par plusieurs poètes russes, en particulier Lermontov.
19 janvier 1936
