La clé des champs, mille marguerites au trousseau,
me ferme les paupières.
Les papillons déshabillent les marguerites de leurs pétales superflus ;
leurs ailes rompent les phalènes.
Pour
Elle est là, devant moi comme une chienne dans un jeu de quilles.
J’ai envie de fuir…
Je reste.
La kermesse d’un village de montagne : un champ aux lumières multicolores, un samedi soir en
Comme par le passé… Fleurette… Qui lui allait si bien…
Elle te baptise : Drinou.
Quel âge as-tu : quatre, cinq, six mois ? Mais pas plus.
Fleurette et toi : comme vous vous ressemblez ; comme deux
Mais qui donc êtes-vous ! Vous qui pleurez sans cesse
Des chagrins de petits à mes pleurs confondus.
Une fois de plus une oreille, avec paresse,
De mes mots de bébé n’aura rien entendu.
Que
Les connais-tu ?
Les as-tu déjà rencontrés ?
Par hasard ?
Rencontre-t-on ces personnes-là par hasard ?
Maintenant peu importe le comment.
Maintenant, je fais le tour du soleil, j’entre dans la
Seul le manège recroquevillé sous une bâche circulaire me protège du froid. Seul le sucre d’une gaufre ramollie par des pensées nostalgiques édulcore mes lèvres closes. Seul le bateau à roue coulé
Les souvenirs, ce sont des serpents de mer quand l’océan s’est asséché. Leurs mues, des baisers fossilisés dans un caveau de feuilles mortes.
L’hiver dressera une cathédrale sur les contreforts du
Au café de la Terrasse, les clients, endimanchés, se désaltèrent. Nous nous sommes installés. Mon verre est encore vide.
J’écoute le ruisseau que je connais par cœur jusque derrière la grange. Les
Des souvenirs sentent la cire des meubles anciens, le bois vermoulu des capricornes rassasiés.
Accroupissez-vous pour trouver le tiroir, celui qui demande un réel effort de concentration. Ouvrez-le
Naguère, le pont de Haute-Savoie reliait deux espaces, deux ravines entre peur et vertige. Un défi insupportable. Naguère, jamais je ne l’aurais défié. Naguère, devant le vide, je restais humble, Le
Qui peut la retarder
Elle n’est toujours pas là
Ferait bien de se dépêcher
Ah ! Enfin la voilà
Se rapproche de moi
Me sourit un petit peu
Arrange de ses doigts
Une mèche de cheveux
Je lui
En Espagne un nain me faisait peur. Il s’appelait Firmin.
Pour me décrire la petite personne qui m’effrayait tant, mon père me rassurait avec des mots doux. Dans ses bras, il me susurrait à
« Voici ma muselière. Si les mots sont trop lourds, elle t’aidera à les porter quand les injustices sales comme des culs de truie te nicheront sur les parpaings brûlants d’un chenil abandonné. La
Une femme savonne le linge
Elle pleure
L’eau de la rivière
Qui chante le dernier jeudi d’avril
De la première primevère morte
Essore le linge dans les larmes de ma mère
L’enfant se serre contre le garde-fou pour ne pas provoquer les griffes des chats sauvages épinglées à la boutonnière des cavaliers qui passent. Les sabots des chevaux tambourinent sur la terre
Charles de Gaulle est mort. Madame la maîtresse
Tu m’interroges : qui était ce grand Monsieur ?
Maure ? Je l’ignorais. L’ignorant qui paresse
Dans mon silence c’est du mépris dans tes yeux.
Des
Je descends l’escalier, d’une balle de plomb
Jusqu’au bas de l’immeuble où je blesse l’aiglon.
De son bec, aussi dur qu’un vieux rhinocéros,
Il dévore mes chairs d’un appétit féroce.
Je lui dis :
Une rivière bordée d’arbres en fleurs
coule silencieusement,
inaudible à l’ouïe d’une grande personne.
Seule l’oreille attentive de l’enfant
peut percevoir l’imperceptible.
Seul son regard
Au centre du village, un rosier, superbe, titille, de suaves senteurs, les narines délicates du riche marchand qui de six gares, fume, comme une locomotive, des flagrances princières.
Une
Un hombre recoge los fragmentos de carbón que ensucian la línea del ferrocarril.
Las sacudidas de los trenes aseguran su felicidad.
El carbón caído llena un saco de patatas.
Para él, la vía férrea
Des têtards dans une mare. Je joue avec.
Des femmes m’appellent.
Elles me demandent de me dépêcher.
Nous montons.
Là-haut.
Un lieu de recueillement pour les croyants.
Un chemin de pénitence
Un homme ramasse les fragments de charbon qui jonchent la ligne de chemin de fer.
Les soubresauts des trains assurent son bonheur.
Le charbon tombé remplit un sac de patates.
Pour lui, la voie du
J’entre dans ma mère récolter les semences
De cet homme, mon père, et sa femme et le vent
Et la pluie et la neige en ces hivers immenses
Qu’il me faut traverser jusqu’au premier levant.
Pour
Cette après-midi je brave l’interdit.
Où s’arrête le chemin goudronné, commence le sentier des découvertes.
Une trouée fend une ridelle de ronces et d’arbustes.
Le lit du fleuve à bout de