À la vie
de Marina Tsvetaeva(2012)
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1
Pas pour toi le feu de mes joues -
Flot qui déborde de son gîte !
En vain tu me chasses partout :
Tu es poursuite – je suis fuite.
Pas pour toi mon âme vivante !
Ainsi, au grand galop fuyant,
Il se penche soudain – et plante
Dans sa veine un croc – le pur-sang
D’Arabie.
25 décembre 1924
2
Pas pour toi mon âme vivante -
Flocon fuyant que rien n’arrête.
Vie et duperie riment ensemble:
Infaillible – l’ouïe du poète !
Point ne suis née – pour cent ans vivre.
Laisse-moi fuir vers d’autres rives !
Vie – tu rimes avec vice.
Vie : l’asservie ! Vie : serre-vis.
Aux chevilles – anneaux féroces:
La rouille pénètre jusqu’à l’os.
Vie: lames tranchantes – où danse
L’amante.
- Avec quelle impatience !
28 décembre 1924
(Marina Tsvetaïeva, « Après la Russie », in « Insomnie et autres poèmes », Paris, Éditions Gallimard, Coll. Poésie, 2011)
