Mon père
de Mahmud Darwish(2008)
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Mediu
Il ignora la lune,
Se pencha pour étreindre la terre,
Invoqua…
Un ciel sans pluie,
Et m’interdit de voyager!
Les éclairs ont embrasé ses vallées.
Mon père
Y élevait des pierres
Depuis les temps anciens…et créait les arbres.
De sa peau jaillissait la rosée,
Et ses mains enfeuillaient les branches.
Alors l’horizon en pleurs chanta :
Ulysse était un preux
Et dans la maison, il y avait
Pain, vin, et couvertures
Et chevaux, et chaussures.
Et mon père m’a dit une fois
Qu’il priait sur une pierre :
Ignore la lune
Et garde-toi de la mer…et des voyages!
Le jour où dieu flagellait son serviteur,
J’ai dit : Ô gens! Devrons-nous blasphémer?
Alors mon père fit craquer ses poignets…et me raconta :
Dialoguant avec la souffrance,
Job louait
Le créateur des vermisseaux…et des nuages!
La plaie a été créée à mon intention,
Non pour les morts ou les idoles.
Laisse donc les plaies et la douleur,
Et assiste-moi dans le regret de mes fautes!
Un astre passa à l’horizon,
Descendant…descendant.
Ma chemise était
Entre feu et vent,
Et mes yeux pensaient
À des dessins sur le sable.
Et mon père a dit un jour :
Celui qui n’a pas de patrie,
N’a pas de sépulture
…Et il m’interdit de voyager!
1966
(Mahmoud Darwich, La terre nous est étroite et autres poèmes)
