Hésitation
de Jules Verne(2006)
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A une jeune personne à la noble tournure, aux yeux grands et noirs.
Celle que j\'aime a de grands yeux
Sous de brunes prunelles ;
Celle que j\'aime sous les cieux
Est la belle des belles.
Elle dore, embellit mes jours,
Oh ! si j\'étais à même,
Mon Dieu, je voudrais voir toujours
Celle que j\'aime.
Celle que j\'aime est douce à voir,
Il est doux de l\'entendre ;
Sa vue au coeur fixe l\'espoir
Que sa voix fait comprendre.
Son amour sera-t-il pour moi,
Pour moi seul, pour moi-même ?
Si j\'aime, c\'est que je la vois
Celle que j\'aime.
Auprès d\'elle, hélas ! je ressens
Une émotion douce ;
Absente, vers elle en mes sens
Quelque chose me pousse.
Pour moi dans le fond de son coeur
S\'il en était de même ?
Aurait-elle un regard trompeur,
Celle que j\'aime ?
Celle que j\'aime, hélas ! hélas !
A son tour m\'aime-t-elle ?
Je ne sais ; je ne lui dis pas
Que son oeil étincelle.
Est-ce pour moi qu\'il brille ainsi ?
Félicité suprême !...
Ailleurs l\'enflamme-t-elle aussi,
Celle que j\'aime ?
Si trompant ma naïveté
Par son hypocrisie,
Elle se sert de sa beauté
Pour me briser ma vie !
Son coeur peut-il être si noir ?
Oh ! non ; c\'est un blasphème !
Un blasphème !... il ne faut que voir
Celle que j\'aime.
Non, non, amour, amour à nous
Car en te faisant femme,
Dieu, je lui rends grâce à genoux,
Te donna de mon âme.
Accours ! je m\'attache à tes pas
Dans mon ardeur extrême...
Peut-être, elle ne m\'aime pas,
Celle que j\'aime.
