Les yeux
de Jules Supervielle(2010)
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Chers yeux si beaux qui cherchez un visage,
Vous si lointains, cachés par d’autres âges,
Apparaissant et puis disparaissant,
Ah ! protégés de vos cils seulement
Et d’un léger battement de paupières,
Sous le tonnerre et les célestes pierres
Chers yeux livrés aux tristes éléments
Que voulez-vous de moi, de quelle sorte
Puis-je montrer, derrière mille portes,
Que je suis prêt à vous porter secours,
Moi qui ne suis parmi les hommes
Qu’un homme de plus ou de moins
Tant le vivant ressemble au mort
Et l’arbre à l’ombre qui le tient
Et le jour, toujours poursuivi,
À la voleuse nuit.
(Jules Supervielle, Le Forçat innocent, 1930)
