Heidelberg
de HÖLDERLIN, Friedrich(2008)
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Depuis longtemps je t’aime et je voudrais, pour mon plaisir,
T’appeler mère, et t’offrir un chant sans apprêt,
Ô toi des villes de ma patrie
Que j’ai pu voir, la plus champêtre et la plus belle.
Comme l’oiseau de la forêt vole au-dessus des cimes,
S’arque au-dessus du fleuve, où il brille à tes pieds,
Dans sa force légère,
Le pont sonore de passants et de voitures.
Des dieux venu peut-être, un charme jadis m’arrêta
Sur ce pont, lorsque je passai :
Les lointains attirants
Semblaient aller vers les montagnes
Et le jeune homme, le fleuve, fuyait vers la plaine
Sombre et gai tel le cœur quand, sous le poids de sa beauté,
Pour en aimant périr,
Dans les flots du temps il s’abîme.
Tu lui avais donné des sources, au fugitif,
Des fraîches ombres, et les rivages le suivaient
Tous du regard, et dans les vagues
Tremblait leur gracieuse image.
Mais pesamment sur la vallée se suspendait l’énorme fort,
Augure du Destin, jusqu’en son fond
Par les orages déchiré;
Et pourtant, le soleil éternel répandait
Sa jouvence de lumière sur le colosse
Vieillissant, et alentour le lierre verdoyait,
Vivant; d’amicales forêts
Descendaient murmurantes au-delà du fort
Et des buissons en fleurs, jusqu’où, dans la vallée sereine,
Adossées aux collines ou ornant les rivages,
Tes ruelles heureuses
Dorment parmi les jardins odorants.
(Friedrich Hölderlin, traduction française de Philippe Jaccottet du poème « Heidelberg »)
