Le poème dans le miroir
Traduction - Constantin Frosin
de George Bacovia(2011)
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Au salon débordant de rêves,
Dans le miroir large et ovale, tout encadré en argent,
L’automne se reflète,
Et le parc sujet aux gangrènes,
Dans le miroir large et ovale, tout encadré en argent.
Dans ton fauteuil, épuisée, blottie parmi
de larges plis de soie,
Pendant la tombée du crépuscule,
Tu lis, tout en nasalisant
Un poème bien décadent, cadavériquement parfumé,
Moult monotone.
Je prévois le poème autrement rose d’un amour à venir…
Mais, comme perdue, d’un œil malade,
Tu dérobes, ironiquement, le contour du salon parfumé.
Alors que ton regard tombe vaguement
sur l’eau large et ovale,
Au-dessus de l’automne du miroir –
S’endormant…
Je prévois le poème autrement rose d’un amour à venir…
N’importe, je me dirige tout blême vers le jardin dévasté
Et à même la table abandonnée
– à même ce blanc marbre sculpté –
Affublé de mes vêtements funèbres,
Je me couche, à l’image d’un mort,
Tout en me parsemant de fleurs fanées et bien tardives
Comme nous deux…
Le jour et la mélodie finale du piano poussiéreux,
Rejoindront les larmes des bassins à jets d’eau plongés
dans la nuit.
Regarde, de ton fauteuil antique –
Cette agonie toute violette,
Le catafalque,
Et le parc sujet aux gangrènes,
Dans le miroir large et ovale, tout encadré en argent.
(Traduction : Constantin Frosin)
