Corps à corps
de Gatien Lapointe(2013)
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De nouveau je prends la route de gauche.
J’ouvre à nouveau les yeux, les mains,
Et retentis au plus près de l’oracle.
Me souviendrai-je d’un seul visage ?
Qui me donnera le premier mot de l’homme ?
Je trace une figure sur le fleuve,
J’écris du plus ténébreux de mon sang,
Où est la vie, ô temps, ô terre ?
Tous les nœuds du vent sur ma nuque,
Toute la nuit au cœur de ma lampe,
Comment demander ce qui me manque ?
Dans quel geste offrir ma détresse ?
Debout, je crie à toute enfance,
Je dis la plus cruelle éternité,
Tout entier à chaque point de mon corps,
Les yeux comme des phares trébuchants,
Je reprends sur l’épaule de cet arbre
Le vol abrupt et silencieux des oiseaux.
(Gatien Lapointe, Le premier mot, précédé de Le pari de ne pas mourir, Montréal, Éditions du Jour, 1967, p. 61)
