Une fleur debout dans un canot
de Françoise Bujold(2015)
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Mediu
Tu es venu dans ma trail d’orignal
aux heures de brunantes
briser mes signes totémiques sur ma peau
de race rouge
Vider ma paillasse de sa fougère
boucaner mes prusses et mes clairières
Ravage d’ours
j’ai le hurle du loup
et le cri du courlis dans tes rivières
Je te porte sur mon dos
Tu es venu égarer mes mots
mon wigwam
mes parures et mon canot de moskoui
Du grand l’autre côté
mes animaux partis aux cris de tes bourgots
Sang-dragon
poison-de-couleuvre
j’erre dans tes follettes jeunes
tes pissenlites blanches
Je mangerai tes plaquebières et tes surettes
je me soûlerai de chassepareille et de savoyane
Dans tes renversis
je mènerai la fête
en tripe-de-roche et tête-de-violon
avec aux chevilles et aux poignets
mes bracelets de babiche
Poussent tes cosses et tes chicots
à me laver dans ton eau
trop de savon
trop d’homme blanc
Foulée comme un vêtement
j’adore encore ton soleil
Dans mes lunes
il n’y avait pas de faille
Dans mon cœur
il n’y avait que sang
rythmé et rouge comme le feu qui claque
aujourd’hui tes tourbières
petit bruit sourd de tam-tam
de tam-tam de Blanc
J’étais une peuplade vierge
tu es venu vers moi
sans y laisser d’enfant
Mon troupeau de marsouins a mangé tes médailles.
(Françoise Bujold, Piouke fille unique, Montréal, Éditions Parti Pris, 1982, pp.83-85)
