Pour les fiancés ultra-rapides qui ne portent pas leur bague
de Françoise Bujold(2015)
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La terre n’est pas allable
Les chemins dans les forêts sont pleins de cahots
comme dans les contes de Charles Dickens
La nature est mignonne
Elle fait parler les paysans
Un jour elle fait à sa tête
Un jour à son cœur
Un jour à son âme
Tous les oiseaux sont revenus avec leurs ventres ronds
comme les noix
Ils font entre eux un film d’amateur qui s’appelle the birds
en compétition avec Hitchcock
Les eaux douces n’ont pas encore parlé
Les lacs ont coupé leurs glaces en morceaux réguliers
ça ressemble à un dortoir d’enfants
c’est silencieux et blanc
Sur la mer il y a encore
des petites banquises grosses comme des casques de toile
Que des marins ivres et imaginaires
Sur le bateau
auraient jeté par-dessus bord un soir de fête
Les jardins attendent les crocus, les asperges, les perce-neige
qui viendront un jour avec leurs jambes vertes
comme des actrices de music-hall
J’ajoute plus un mot
car je tomberais dans la bienséance
Nous avions trop d’amour
pour vivre dans le monde
mon amour
(Jacques Godbout et John Robert Colombo, Poésie-Poetry 64, Montréal/Toronto, Édition du Jour/Ryerson Press, 1964)
