Les arbres coupés
de Edmond Rostand(2010)
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Mediu
Chacun de nos soldats eut son cri de souffrance
Devant ces arbres morts qui jonchaient les terrains ;
« Oh ! les pêchers ! » criaient ceux de l’Île-de-France.
« Et les mirabelliers ! crièrent les Lorrains.
Soldats bleus demeurés paysans sous vos casques,
Quels poings noueux et noirs vers le nord vous tendiez !
« Les cerisiers ! » criaient avec fureur les Basques.
Et ceux du Roussillon criaient : « Les amandiers ! »
Devant les arbres morts de l’Aisne et de la Somme ,
Chacun se retrouva Breton ou Limousin.
« Les pommiers ! » criaient ceux du pays de la pomme ;
« Les vignes ! » criaient ceux du pays du raisin.
Ainsi vous disiez tous le climat dont vous êtes,
Devant ces arbres morts que vous considériez.
- Et moi, voyant tomber tant de jeunes poètes,
Hélas ! combien de fois j’ai crié : « Les lauriers ! »
(Edmond Rostand, Le Vol de la Marseillaise , 1919)
