À une fleur
de Alfred de Musset(2009)
2 min lectură
Mediu
Que me veux-tu, chère fleurette,
Aimable et charmant souvenir ?
Demi-morte et demi-coquette,
Jusqu\'à moi qui te fais venir ?
Sous ce cachet enveloppée,
Tu viens de faire un long chemin.
Qu\'as-tu vu ? que t\'a dit la main
Qui sur le buisson t\'a coupée ?
N\'es-tu qu\'une herbe desséchée
Qui vient achever de mourir ?
Ou ton sein, prêt à refleurir,
Renferme-t-il une pensée ?
Ta fleur, hélas ! a la blancheur
De la désolante innocence ;
Mais de la craintive espérance
Ta feuille porte la couleur.
As-tu pour moi quelque message ?
Tu peux parler, je suis discret.
Ta verdure est-elle un secret ?
Ton parfum est-il un langage ?
S\'il en est ainsi, parle bas,
Mystérieuse messagère ;
S\'il n\'en est rien, ne réponds pas ;
Dors sur mon coeur, fraîche et légère.
Je connais trop bien cette main,
Pleine de grâce et de caprice,
Qui d\'un brin de fil souple et fin
A noué ton pâle calice.
Cette main-là, petite fleur,
Ni Phidias ni Praxitèle
N\'en auraient pu trouver la soeur
Qu\'en prenant Vénus pour modèle.
Elle est blanche, elle est douce et belle,
Franche, dit-on, et plus encor ;
À qui saurait s\'emparer d\'elle
Elle peut ouvrir un trésor.
Mais elle est sage, elle est sévère ;
Quelque mal pourrait m\'arriver.
Fleurette, craignons sa colère.
Ne dis rien, laisse-moi rêver.
(1838)
(Alfred de Musset, Poésies nouvelles)
