Poezie
Paysage
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L’oeil trouble de la nuit
rend l’image plus limpide.
Je laisse venir le paysage,
son parfum de printemps urbain,
son brouhaha, sa lumière.
Nous marchons longtemps,
un jour, une heure, un instant peut-être,
côte à côte avec la Seine.
Un faux pas, frôlement d’épaules :
il échappe un rire dans l’eau,
je fais des ronds, des ronds, des ronds...
Sur le bout de la langue,
le clair de l’horizon, l’obscur d’un silence
et tous ces mots trop étroits
pour habiller l’émoi du moment.
Déclic, la nappe est blanche,
regards téméraires qui se croisent
au-dessus d’une fourchette fébrile.
Le menu reste simple :
un goûter de sourires enchantés
et l’emprise de la faim.
Je remonte à la source du paysage
et nous marchons toujours,
droit devant, hors d’atteinte des clichés.
Nous sommes beaux et forts...
et timides aussi,
jusqu’au bout des doigts,
jusqu’au doux des lèvres.
Nous nous embrassons lentement,
un jour, une heure, un instant peut-être,
corps à corps avec la vie.
Une main ferme dans mes cheveux
retient cette fragile certitude.
Au détour d’un patient souvenir,
je retrace les pas de sa bouche
dans cette bulle où rien d’autre ne compte
que le besoin qui coule dans mes veines.
Parfois même, je retrouve cet instant
où mon coeur s’est ouvert à ses lèvres.
Obsédant paysage, souvent revisité,
un rêve serein, parfois élusif,
une houle sans plus de hauts ni de bas.
Mais je le sens et le vis et le revis,
son parfum de printemps, sa lumière.
Et nous marcherons encore longtemps,
un jour, une heure, un instant peut-être.
002.004
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