Cellule no 1
de René Depestre(2008)
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Pour Mondo
Sur la couche invisible ma pourriture s’écroule
la nuit est lourde de fausses paroles
le silence couve des bâillements de chiens furieux
et le coq au loin qui chante
est un forçat au bagne de minuit
Dans la cellule voisine des yeux d’hommes
guettent une bouée dans le ciel sans regard
mais l’essaim bruyant de leurs rêves d’escrocs
se brise dans un cliquetis d’os
Un nom porteur de sève a jailli dans ma mémoire
et c’est ta bouche tantôt bouche
tantôt gué pour mon âge sans nageoires
tes seins lieu de campement
sur les pas tourmentés de mes rêves captifs
et la vie recommence
et les murs sortent de leur cercueil d’ombres
et le coq au loin chante entre deux amours
La prison cette nuit vibre de mes vingt ans
les clés en fête ouvrent des verrous de légende
les bourreaux peuvent dormir en paix
la prison cette nuit est un lieu d’espérance
Voleurs Criminels Assassins au long cours
ont saisi cette chance que j’apporte
grâce à toi et au pacte qui me noue à ton sang
Pénitencier National, mars 1946.
(René Depestre, Gerbe de sang, 1946)
