Balance-toi !
de May Ziadeh(2010)
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Balance-toi, petite plante,
Ta feuille est tendre et verdoyante,
L\'air est suave de fraîcheur;
Balance-toi ! L’heure est passée
Où par le soleil oppressée
Tu pâlissais sous sa chaleur.
Balance-toi ! Le crépuscule
Déjà sur les balcons ondule
Ses fantômes mystérieux;
Et sur la nature assoupie
Coule cette paix alanguie
Qui ne peut venir que des cieux.
Oh ! Les douceurs de l\'heure brune !
De deviner au ciel la lune
Quand l\'azur est encore serein !
Oh ! La brise qui vous caresse !
Oh ! La chère ombre qui vous presse
Contre son chaste et moelleux sein !
Oh ! Les mille voix soupirent
Lorsque les longs stratus expirent
Quand le jour finit de mourir !
Oh ! L’or des paupières lointaines
Des étoiles qui dans les plaines
D\'azur commencent à s\'ouvrir !
Oh ! Les rêves du crépuscule
Quand l\'ombre de la nuit circule
Que les oiseaux ne chantent plus !
Ô tendresse ! Quand la pensée
En rythmes divins cadencée
Murmure de ces mots voulus...
Quand le toit des maisons s\'efface,
Que l\'oeil, inquiet, perd la trace
Du Moukattam dans le lointain;
Quand à l\'entour tout, calmé, rêve,
Du coeur un cantique s\'élève
Au Dieu du soir et du matin;
Salut, honneur, amour, louange
À Toi qui fis et l\'homme et l\'ange,
À Toi qui suspendis le ciel;
Qui dans le temps et dans l\'espace
Au jour, la nuit, marquas leur place,
Salut à Toi, Père Eternel !
Plante, balance-toi, palpite,
Balance-toi, danse, petite !
L\'air est suave de fraîcheur;
Balance-toi ! L’heure est passée
Où par le soleil oppressée
Tu pâlissais sous sa chaleur...
(May Ziadeh, Fleurs de Rêve, 1910,
sous le pseudonyme d\'Isis Copia)
