Le grillon
de Marceline Desbordes-Valmore(2006)
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Mediu
Triste à ma cellule,
Quand la nuit s\'abat,
Je n\'ai de pendule
Que mon coeur qui bat ;
Si l\'ombre changeante
Noircit mon séjour,
Quelque atome chante,
Qui m\'apprend le jour.
Dans ma cheminée,
Un grillon fervent
Faisant sa tournée
Jette un cri vivant :
C\'est à moi qu\'il livre
Son fin carillon,
Tout charmé de vivre
Et d\'être grillon.
La bonté du maître
Se glisse en tout lieu ;
Son plus petit être
Fait songer à Dieu.
Sait-il qu\'on l\'envie,
Seul et ténébreux ?
Il aime la vie,
Il est bien heureux !
La guerre enfiévrée
Passait l\'autrefois,
Lionne effarée,
Broyant corps et voix ;
Mon voisin l\'atome
Fut mon seul gardien,
Joyeux comme un gnome
A qui tout n\'est rien.
Dieu nous fit, me semble,
Quelque parité :
Au même âtre ensemble
Nous avons chanté.
Il me frappe l\'heure,
Je chauffe ses jours ;
Mais, femme, je pleure ;
Lui, chante toujours.
Si jamais la fée
Au soulier d\'azur,
D\'orage étouffée,
Entre dans mon mur,
Plus humble et moins grande
Que sa Cendrillon,
Oh ! Qu\'elle me rende
Heureuse, ou grillon !
(Louise Desbordes-Valmore, Élégies)
