Clair de lune
de Jules Laforgue(2006)
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Penser qu\'on vivra jamais dans cet astre,
Parfois me flanque un coup dans l\'épigastre.
Ah ! tout pour toi, Lune, quand tu t\'avances
Aux soirs d\'août par les féeries du silence !
Et quand tu roules, démâtée, au large
A travers les brisants noirs des nuages !
Oh ! monter, perdu, m\'étancher à même
Ta vasque de béatifiants baptêmes !
Astre atteint de cécité, fatal phare
Des vols migrateurs des plaintifs Icare !
Œil stérile comme le suicide,
Nous sommes le congrès des las, préside ;
Crâne glacé, raille les calvities
De nos incurables bureaucraties ;
Ô pilule des léthargies finales,
Infuse-toi dans nos durs encéphales !
Ô Diane à la chlamyde très-dorique,
L\'Amour cuve, prend ton carquois et pique
Ah ! d\'un trait inoculant l\'être aptère,
Les cœurs de bonne volonté sur terre !
Astre lavé par d\'inouïs déluges,
Qu\'un de tes chastes rayons fébrifuges,
Ce soir, pour inonder mes draps, dévie,
Que je m\'y lave les mains de la vie !
(Jules Laforgue, L\'Imitation de Notre-Dame de la Lune, 1885)
