Proză
TARBES
Paulo Coelho
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Je parle de la ville
Que, comme un amant,
J`approchais peu à peu,
D`où, comme un pèlerin
Je m`éloignais aussi peu à peu.
Comme un chasseur
Je voulais partir pour l`aventure suivante.
Comme un homme qui aime les mystères
Je voulais déchiffrer l`énigme qu`elle m`avait proposée lors de notre première rencontre.
Je parle de la ville
Qui a accepté en moi l`amant, le pèlerin, le chasseur, et l`homme en quête de mystères. Elle ne m`a pas posé de questions, elle m`a simplement accepté.
Et puis un jour elle m`a vu revenir, moi qui songeais cette fois à rester plus longtemps, peut-être deux semaines, peut-être un mois. De nouveau elle m`a souri, et j`ai retrouvé ses habitants, son énigme, et ce mois est devenu une année, et puis deux.
Je parle de la ville
Qui dès lors, tout doucement, est devenue aussi la mienne.
Je parle de la ville.
Je parle seulement de la ville.
Je ne parle pas de ses monuments, de ses jardins, de ses restaurants, de ses habitants, de ses cafés, de ses places, de ses chevaux, des montagnes que l`on aperçoit au loin, des promenades nocturnes, des problèmes de stationnement, des liaisons aériennes difficiles.
Je parle de la ville
Qui tient nom d`une princesse phénicienne qui est arrivée là à cause d^un amour brisé,
Et comme toutes les légendes sont vraies dans leur essence,
Y a semé l`importance que l`on y accorde à l`amour.
Je parle de la ville
Où je marche cette nuit , à l`entour de son jardin emblématique, donnant des coups de pied dans les châtaignes tombées à terre, dans un surréaliste jeu de football sans partenaire, me sentant un enfant, et content de me sentir ainsi.
Je parle de la ville
Dont le souvenir aujourd`hui m`accompagne partout où je vais. Je ne sais pas si j`ai déchiffré son énigme, mais la passion a ces mystères, et il est bon qu`il en soit ainsi.
Paulo Coelho
(d`après un poème d`Octavio Paz)
traduction:Francoise Marchand Sauvagnargues
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